Monique Cencerrado

Professeur de Lettres, Monique Cencerrado a exercé de nombreuses années à l’étranger et ainsi côtoyé diverses cultures. Elle a toujours nourri une véritable passion pour l’écriture qu’elle allie dans cette première fiction romanesque à celle de l’histoire avec une prédilection pour la période du Moyen Âge. Elle s’appuie toutefois sur une abondante bibliographie afin de restituer avec rigueur les faits historiques évoqués et d'approcher au plus juste les mœurs et les mentalités médiévales.

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BIBLIOGRAPHIE

Pour la première partie de l’ouvrage, Les tourmentés de Compostelle, on peut citer :

  • Le guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle de Jeanne Vielliard, Librairie philosophique J. Vrin, Paris 2004.
  • Sur les chemins de Compostelle, In Situ MSM.
  • Sur les routes de Compostelle de Sophie Martineaud et Arlette Moreau, Flammarion.
  • La Bible et les Saints de Gaston Duchet-Suchaux et Michel Pastoureau, Tout l’Art Encyclopédie, Flammarion.
  • Histoire des femmes en Occident de Georges Duby et Michelle Perrot, Collection Tempus, Plon.
  • Les enfants au Moyen Âge, la vie quotidienne d’.Alexandre- Bidon et Didier Lett, Hachette Littératures.
  • Ces gens du Moyen Âge de Robert Fossier, Fayard.

De même, pour la seconde partie de l’ouvrage Les conquérants du Saint-Sépulcre, sont à noter :

  • Vie de saint Louis de Joinville, Lettres gothiques, Le Livre de Poche.
  • Saint Louis de Jacques Le Goff, Gallimard.
  • Histoire des croisades, tome III 1188-1291 : L’anarchie franque, collection Tempus, Perrin.
  • Histoire des croisades de Jean Richard, Fayard.
  • Histoire des peuples arabes d’Albert Hourami, Points, Editions du Seuil.
  • Les croisades vues par les Arabes, récit d’Amin Maalouf, J’ai lu.
  • Voyage dans l’Empire mongol de Claude-Caire et René Kapper, Imprimerie nationale éditions.

CONFÉRENCES

Outre ce roman, l’auteur a rédigé deux conférences sur les thèmes émergeant de l’ouvrage dont elle présente ici les résumés. Ces conférences sont organisées à la demande des associations et des lecteurs intéressés par cette captivante époque.

I. Amour, mariage et sexualité au temps des cathédrales

Au Moyen Âge, la plupart des réponses concernant l'intimité entre hommes et femmes ont été données par… des religieux, condamnant majoritairement la satisfaction sexuelle ! Le seul but des relations charnelles dans un couple devant être la procréation, l'Eglise a tenté de tempérer les ardeurs amoureuses par de nombreux interdits, ainsi :

– le temps pour « embrasser » était prohibé à l’approche des grandes fêtes religieuses ; les relations sexuelles proscrites pendant la grossesse et la période de l’allaitement (qui pouvait durer un an).

– les positions « hors nature » étaient condamnées, comme tout moyen pour la femme, soupçonnée de posséder une libido insatiable, d’accroître le désir de son partenaire. En cas de naissance d’un enfant malade, difforme, voire supposé possédé du démon, ses géniteurs étaient accusés d’avoir transgressé ces interdits et d’être ainsi punis.

Pourtant, principalement en ville, le noble avait, lui, droit au plaisir : les étuves étaient aussi des lieux de prostitution et d’échangisme entre couples.

Dans un mariage, les intérêts de deux partis l’emportaient de loin sur les sentiments : lors de la « desponsiatio » (les fiançailles), la future épouse n’était ni consultée ni même présente.

On favorisait uniquement le mariage du fils aîné pour éviter de trop morceler le patrimoine familial, car si la jeune fille devait apporter sa virginité et sa dot, l’époux, lui, garantissait le douaire (l’usufruit de ses biens s’il venait à décéder).

Au mieux, ces époux partageraient cette « amicitae », décrite par Saint Bonaventure comme une sollicitude mutuelle, une compassion, un fidèle dévouement. Mais des affaires bien réelles de violences entre époux ou celles, fictives, des fabliaux qui n’abordent eux les relations conjugales que sous l’aspect sexuel, témoignent des déboires de gens, sans aucune inclination l’un pour l’autre, devant se supporter une vie durant.

L’amour serait né au XIIe siècle, à la cour de Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine. Appelé « fin’amor », cet « amour courtois », on le devine réservé à une minorité raffinée. Impossible entre époux, puisqu’il supposait un choix entre la dame suzeraine et l’amant qui serait son vassal soumis aux exigences dont l’une était fréquemment d’exclure les relations charnelles.

En littérature, Lancelot est le type même de ce chevalier courtois ; l’amour de Tristan et d’Iseut incarne ce mythe. Et peut-on nier la passion entre Heloïse et Abélard ?

En conclusion, comme Jean Verdon affirmant que « la vie intime de nos ancêtres nous échappe en grande partie », je partage sa certitude que « L’amour mêlant corps et âme a été vécu au Moyen Âge car il s’agit d’une constante de l’âme humaine ».

II. Pèlerins et pèlerinages au temps des cathédrales

Dans la Genèse, le mot « peregrinus » désigne l’étranger, le voyageur, l’exilé. La pérégrination reste en effet le modèle universel et intemporel de la quête spirituelle. C’est toutefois au Moyen Âge que cette démarche acquiert une dimension exceptionnelle : des milliers, voire des millions de chrétiens sillonnent les routes des pèlerinages.

Une majorité d’hommes de toutes conditions – autorisé mais peu encouragé, le pèlerinage des femmes est suspecté d’engendrer des troubles – sont mus par la dévotion, la curiosité de connaître les lieux où vécurent les saints. Rien de tel que la perception matérielle, visuelle d’une relique – plus ou moins authentique – pour renforcer la foi. Les rois eux-mêmes placent leur royaume sous la protection d’un saint : pour la France, saint Denis succèdera à saint Martin.

Si, pour quelques-uns, le pèlerinage est une punition infligée par l’Eglise, la plupart des « marcheurs de Dieu » croient en la vertu rédemptrice de la souffrance qu’ils s’infligent. Beaucoup, il est vrai, espèrent une récompense de leurs épreuves : qui un pardon, qui une guérison, qui, même, une résurrection miraculeuse d'un être cher !

La première démarche à accomplir pour le futur pèlerin, la séparation, est de mettre en ordre ses affaires : nul n’ignore les risques variés qu’il encourt. Il doit avoir l’assentiment de sa famille et l’accord de l’autorité religieuse après enquête sur sa moralité. Le pèlerin revêt alors sa cape à chaperon, se coiffe du chapeau à large bord, chausse ses sandales et se munit de sa calebasse, de sa besace et du fameux bourdon. Bénéficiant parfois de la protection de milices fondées par les grands ordres monastiques, toutes les huit lieues environ, il trouvera un « hospital », ou « hospice » ou « maison de Dieu » pour l’accueillir.

Les lieux de pèlerinage étaient hiérarchisés : le plus prestigieux, très difficilement accessible, était celui de Jérusalem. Le « paulmier » qui l’avait accompli et avait la chance d’en revenir arborait fièrement une palme du Jardin des oliviers, preuve de son exploit. Ce lieu attirait d’autant plus que selon l’Apocalypse de saint Jean l’Evangéliste, il devait être celui de la venue de la Jérusalem céleste. Le « roumieux » se rendait sur les sépultures de saint Pierre, de saint Paul et des premiers martyrs chrétiens de Rome. Conseillé par « Le guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle », rédigé par le moine Aimery Picaud, à son retour, le « jacquet » ornait son costume de la célèbre coquille. Comme autres lieux, citons aussi Tours, Chartres, Vézelay, Le Puy, Conques, le Mont Saint-Michel, Bari en Italie…

L’ampleur de ce mouvement s’explique par la très grande pitié de l’homme médiéval qui l’associe à la Migration d’Abraham de Chaldée à Canaan, aux quarante années d’exode du peuple juif guidé par Moïse dans le désert mais aussi au pèlerinage de l’Adieu de Mahomet. Lorsque le pèlerinage en Terre sainte devint croisade, éloignant rois et seigneurs, ceux qui leur étaient assujettis, particulièrement les bourgeois s’affranchirent, s’enrichirent en commerçant et participèrent à l’essor des villes. D’autre part, la réforme de l’Eglise menée par Grégoire VII ôta aux Grands le pouvoir de nommer les évêques faisant de ceux-ci les véritables autorités des villes où furent construites les cathédrales dignes d’eux en un nouveau style appelé « art français », avant d’être qualifié de gothique.